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15/08/2012 Saga de L'électronucléaire français, - Section : Actualités

la course à l'indépendance. Mal-aimé, combattu par EDF, qui privilégie le pétrole pour la production d'électricité, le nucléaire finit par s'imposer en France grâce à... Mouammar Kadhafi, qui nationalise les avoirs de la British Petroleum en 1970.

Le mercredi 6 mars 1974, le Premier ministre Pierre Messmer annonce solennellement à la télévision le lancement d'un grand programme électronucléaire. Le second choix nucléaire du pays après la création, dans les années 1950 et 1960, d'une force de dissuasion militaire fondée sur l'atome. 


A la fin des années 1960 encore, EDF ne montrait aucun enthousiasme pour le nucléaire. A une époque où le pétrole était bon marché, l'entreprise publique n'avait aucune envie de se lancer dans la fabrication de très coûteuses centrales nucléaires.

Quant au Commissariat à l'énergie atomique (CEA), créé au lendemain de la guerre pour développer l'atome militaire, son avenir était loin d'être assuré, certains plaidant pour sa dissolution pure et simple.

La guerre du Kippour et le premier choc pétrolier (1973) ajoutèrent une dimension économique au dossier.

D'un coup, la part du pétrole dans les achats extérieurs de la France passa de 10 % à près de 25 %. Remplacer le pétrole par l'atome afin de réduire la facture énergétique de la France et d'assurer son indépendance : telles furent les deux raisons qui expliquent le lancement du programme électronucléaire.

Filière fondée sur une impasse technique

Un démarrage laborieux sur fond de querelles techniques... Ainsi commence l'histoire du nucléaire civil en France. Retour au début des années 1950.

En 1952, le plan Félix Gaillard a prévu la construction, à Marcoule (Gard), d'une pile permettant la production de plutonium à partir d'uranium naturel. Mais cette pile G1 n'aura, pour l'essentiel, que des applications militaires, même si le directeur des études et recherches d'EDF de l'époque, Pierre Ailleret, a l'idée de récupérer la chaleur de la pile pour produire de l'électricité.

A ce moment cependant, l'idée que l'on puisse produire massivement de l'électricité à partir de l'atome est considérée, en France, comme un objectif très lointain. Il faut attendre 1955 et l'annonce, par le gouvernement anglais, du lancement d'un important programme nucléaire civil - la première centrale de taille industrielle est inaugurée en 1956 à Calder Hall -pour que les autorités françaises se penchent sérieusement sur le dossier.

La construction à Marcoule de deux nouveaux réacteurs -baptisés « G2 » et « G3 » -, dont l'objectif principal est toujours de fabriquer du plutonium mais qui sont aussi susceptibles de fournir de l'électricité au réseau, est notamment décidée ; une commission est en outre créée afin de conseiller le président du Conseil sur le programme de centrales nucléaires : la commission Peon (Programme d'électricité d'origine nucléaire).

Enfin et surtout, décision est prise de construire un premier réacteur destiné spécifiquement à la production d'électricité : EDF 1, à Chinon.

 Personne n'en a encore vraiment conscience mais la France, à ce moment, est en train de s'engager dans une impasse technique : celle de l'uranium naturel.

 Choix logique au demeurant, le pays ne disposant pas encore d'unité d'enrichissement de l'uranium : l'usine de Pierrelatte sera mise en service à partir de 1964, et encore, pour des usages militaires.

C'est donc cette technique, développée sous l'égide du CEA, qui est utilisée entre 1955 et 1966 pour la construction de Chinon 1 et de deux autres réacteurs, à Bugey et à Saint-Laurent. Elle aussi qui est proposée pour la centrale de Fessenheim, en Alsace, qui doit être réalisée en collaboration avec les Allemands. 

Dans la seconde moitié des années 1960, deux groupes, Westinghouse et General Electric spécialisés dans l'uranium enrichi se lancent littéralement à la conquête du monde, proposant des centrales nucléaires clefs en main à des prix garantis, allant jusqu'à offrir de l'uranium gratuit pendant dix ans à tout acheteur de réacteur ! Une politique commerciale agressive et terriblement coûteuse -General Electric perdra des sommes colossales sur la vente de ses centrales -, mais redoutablement efficace.

Entre 1965 et 1970, des pays comme l'Allemagne, le Japon, la Suisse et la Suède acquièrent ainsi des réacteurs à uranium enrichi, laissant la France seule face à ses choix initiaux.Volte-face complète en 1969Dans l'Hexagone, en novembre 1969, le gouvernement fera une volte-face complète en annonçant l'abandon de la filière à uranium naturel au profit de la filière à uranium enrichi. Un événement va contribuer à rebattre les cartes : le 1 er septembre 1969, un groupe d'officiers prend le pouvoir en Libye. 
Un an plus tard, le nouvel homme fort du pays, Mouammar Kadhafi, nationalise les avoirs de la British Petroleum et procède à une augmentation substantielle des prix du baril. 
La fin du pétrole bon marché semble proche. Dès 1970, la commission Peon recommande d'ailleurs le lancement de neuf unités nucléaires d'ici à 1975.

Une recommandation rapidement suivie d'effet : le 26 février 1971, deux jours après la nationalisation du pétrole saharien, le gouvernement de Jacques Chaban-Delmas annonce la construction de trois nouveaux réacteurs à uranium enrichi à Fessenheim et Bugey.

En mai 1973, avant même le choc pétrolier consécutif à la guerre du Kippour, la commission Peon recommandera de construire trois réacteurs nucléaires par an. Avec un objectif : que 85 % de l'électricité produite en France en l'an 2000 soit d'origine nucléaire. Elle est, aujourd'hui, un peu supérieure à 75 %.Cet ambitieux programme, c'est EDF qui est chargé de le mener à bien. Grâce à l'insistance d'André Giraud, son administrateur général, le Commissariat à l'énergie atomique gardera cependant la main sur le cycle du combustible nucléaire, et notamment sur l'enrichissement de l'uranium, effectué dans une nouvelle usine construite au Tricastin.

Désormais chargée de la construction des centrales, EDF fait le choix de réaliser ces dernières par « paliers », c'est-à-dire par séries d'unités identiques. Un choix dû à Michel Hug, alors directeur de l'équipement d'EDF, et que l'entreprise publique a expérimenté de longue date pour ses centrales au charbon et au pétrole. Jamais en revanche cette méthode n'avait été retenue pour le nucléaire. Ce choix allait faire du nucléaire français l'un des moins chers du monde, mais aussi l'un des plus sûrs. 

Quant au volet industriel, il fait d'emblée l'objet d'une compétition entre Framatome, qui exploite le brevet à eau pressurisée de Westinghouse, et la Compagnie générale d'électricité, qui, elle, exploite le brevet des réacteurs à eau bouillante de General Electric. C'est finalement Framatome qui remporte la mise, entraînant de facto le retrait de la CGE de la filière nucléaire. 

C'est sur ces bases que le nucléaire civil français entre, au début des années 1970, dans une ère nouvelle : celle de l'industrialisation...

Extraits -Les échos du 7/08/2012 par Tristan GASTON-BRETON 

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